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Rénovation des campus des sixties : quel rôle de l’université sur le contexte urbain ?

Par Maud Schmiel (promotion 2021-2022), chargée de programmation architecturale et urbaine au Pôle programmation et études prospectives (DIL) de l'Université de Lille.


Cœur du campus de la Cité Scientifique de Villeneuve d'Ascq


La massification de l’enseignement supérieur dans les années 1960 a fait sortir de terre des sites universitaires, de 100 à 200 hectares, en périphérie des villes. Alors que l’urbanisation les a progressivement rattrapés, les campus requièrent aujourd’hui des opérations de rénovation d’envergure. Parallèlement, l’évolution du cadre législatif, courant des années 2000-2010, en ouvrant la voie aux regroupements d’établissements publics (1) et en accordant plus d’autonomie (2), invite les universités à porter un regard prospectif et global sur leurs équipements.


Le changement d’échelle, de projets immobiliers à projets d’aménagement urbains, interroge le positionnement stratégique des universités quant à leur patrimoine.

De nouvelles logiques pour rénover ces vastes emprises foncières


Des sites isolés et monofonctionnels issus d’une production de masse

Les campus « à la française », édifiés tels des isolats urbains, rencontrent des problématiques en termes d’accessibilité, de programmation, de dégradation et de liaisons avec la ville.


Si les constructions et la composition du plan masse de ces campus présentent une valeur patrimoniale, la conception des espaces ouverts, aujourd’hui souvent délaissés, est en revanche le parent pauvre des projets. De plus, à mesure de l’accroissement des besoins universitaires, les compositions urbaines originelles ont été dénaturées par une densification erratique tout en restant monofonctionnelle. A la Cité Scientifique de Villeneuve d’Ascq par exemple, la continuité offerte par les espaces ouverts irriguant le campus a perdu de ses qualités de parc (morcellement, encombrement).


D’une posture curative et opportuniste à l’élaboration d’une stratégie foncière

Le statut particulier des universités, ni pleinement autonomes ni simples opératrices, ne fait pas d’elles des actrices à part entière de leur développement immobilier. Ainsi, 82% de l’immobilier universitaire est propriété de l’État (3) et mis à leur disposition. Elles privilégient donc des interventions d’ordre curatif sur leurs équipements répondant aux besoins au fil du temps, sans vision globale.


Un des enjeux réside dans la gestion des espaces ouverts dont ces sites disposent en quantité, en cœur comme en franges, et qui portent à présent un potentiel puissant de transformation. Et si les plans locaux d’urbanisme sont souvent permissifs, les projets de requalification des campus peuvent générer un cadre pour agir avec plus de cohérence en contraignant le développement immobilier de manière réversible (par des plafonds de densité) et/ou irréversible (par l’implantation de zones non-constructibles).


La gouvernance des projets : entre collaboration et autonomie


Dépendance financière et collaboration de projet avec les partenaires institutionnels 

Mise à l’agenda depuis les années 1990, la rénovation des campus est rythmée par des plans successifs de l’État. Depuis les lois de décentralisation, les collectivités, en particulier les intercommunalités et les régions, ont gagné en compétence pour intervenir sur le champ de l’enseignement supérieur. Les Contrats de Plan État - Région sont devenus des sources importantes de financements (4). D’autant que la présence des universités est perçue dans les documents de planification comme vecteur d’attractivité et de rayonnement sur le développement local.


L’évolution des partenariats financiers couplée à l’intégration des campus dans le tissu urbain incite à revoir la gouvernance partenariale des projets d’aménagement universitaires. Le Schéma de développement universitaires de Lyon, élaboré en 2009, est le premier exemple de collaboration fructueuse entre la métropole et le PRES (Pôle de recherche et d’enseignement supérieur).


Vers un élargissement du champ d’action des universités sur les territoires ?

Le renforcement de l’autonomie des universités, en ouvrant la voie à la dévolution (transfert de propriété des biens universitaires de l’État aux universités), induit la structuration en interne des directions en charge du patrimoine, l’élaboration d’une stratégie de développement sur le long terme et d’une politique pluriannuelle de financements.


Ce contexte va dans le sens d’un ancrage plus fort des campus dans leur territoire par une démarche tournée vers l’aménagement. Outre les interventions sur le bâti, il s’agit alors de travailler à un projet d’ensemble comprenant aussi les espaces ouverts, les usages et les flux en considérant l’environnement universitaire dans un sens élargi, au-delà de ses limites et dans son implication à la vie locale.

 

Ce changement de posture serait propice à l’émergence d’un engagement de l’Université en tant qu’acteur urbain.



(1) Initiés par la loi de programme pour la recherche 18 avril 2006 et la loi sur l’enseignement supérieur et la recherche du 22 juillet 2013

(2) Depuis la loi de 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités

(3) COUR DES COMPTES, L’immobilier universitaire, Du défi de la croissance à celui du transfert de propriété [en ligne], 11 oct. 2022, 127 pages.

(4) D’après un récent rapport de la Cour des Comptes, l’apport des régions au CPER 2015-2021 au titre de l’immobilier universitaire s’élève à plus d’un million d’euros soit plus de la moitié du montant global.



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