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L’ANRU : véritable levier de la transition écologique ?

Par Julia Desplats (promotion 2021-2022), actuellement responsable de programmes et projets urbains chez CDC Habitat Social.


« La ville de demain sera durable ou bien elle ne durera pas ». Ces mots prononcés par Olivier Klein, alors Ministre du Logement, lors des Journées de l’ANRU du mois de septembre 2022 sont explicites. Alors que la transition écologique s’accélère en France et en Europe, l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine entend apporter sa pierre à l’édifice. Cet outil initialement conçu pour financer la transformation des quartiers difficiles et favoriser la mixité sociale, se veut aujourd’hui être un levier dans l’adaptation au changement climatique.


Ce changement de paradigme interroge. L’ANRU et son NPNRU sont-ils calibrés pour une telle ambition ? L’ANRU peut-elle être un véritable levier pour la transition écologique ?


L’ANRU : un acteur majeur de la fabrique de la ville qui intègre progressivement des objectifs de verdissement des quartiers


Un objet pensé pour répondre à des attentes sociales ...

Créée en 2003 par Jean-Louis Borloo, l’ANRU se voit confier le pilotage du Programme National de Rénovation Urbaine (PNRU). Ce programme doté de 12 milliards d’euros a pour but d’assurer un soutien financier aux collectivités locales ainsi qu’aux acteurs, publics et privés, afin d’enclencher des opérations de rénovation urbaine d’ampleur dans des quartiers présentant des difficultés socio-économiques importantes.


Depuis sa création et jusqu’en 2020, le PNRU a généré 50 milliards d’euros d’investissements et contribué à la réhabilitation de 600 quartiers classés en Zones Urbaines Sensibles (ZUS) via un programme de démolition-reconstruction qui devait permettre de transformer ces quartiers par le biais de l’habitat.


Ces opérations de rénovation urbaine ne sont pourtant pas exemptes de critiques. De nombreux travaux relativisent les bienfaits de l’ANRU et dénoncent des démolitions inutiles, le manque d’accompagnement des parcours résidentiels des habitants (A. DEBOULET, 2006) ou encore l’utilisation de la rénovation urbaine pour répondre à des enjeux sécuritaires et de maintien de l’ordre (R. EPSTEIN, 2015).


... Qui a amorcé un tournant en accompagnant la transition écologique des quartiers

En 2014, tirant profit des leçons du PNRU, l’agence est dotée d’un Nouveau Programme de Rénovation Urbaine (NPNRU). Les objectifs de désenclavement et de mixité sociale restent au cœur du projet, tout comme la volonté de « pacifier » les quartiers difficiles en agissant sur la forme urbaine. Le programme adopte néanmoins une approche plus intégrative de la rénovation urbaine.


La question d’une meilleure prise en compte des usages s’impose. Et on voit également apparaitre, dès 2014, des objectifs en matière d’efficacité énergétique et de contribution à la transition écologique dans les quartiers fragiles. Ainsi l’ANRU contribue à soutenir des actions visant à améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments, via la réhabilitation lourde de logements ou la construction neuve, et à accentuer la végétalisation des quartiers.


Une agence qui semble toutefois à ce jour insuffisamment outillée pour accompagner pleinement la transition écologique des quartiers


S’il est incontestable que les enjeux sociaux et environnementaux doivent être traités de concert pour assurer la réussite de la transition écologique, on peut tout de même interroger la capacité de l’ANRU à se réinventer en véritable levier de cette transition, d’autant plus que les protocoles de contractualisation des 450 quartiers prioritaires identifiés dans le cadre du NPNRU ont d’ores-et-déjà été signés, ou sont en passe de l’être.


Des budgets et injonctions qui ne sont pas calibrés pour de telles ambitions

Alors que l’ANRU se dote de nouvelles ambitions pour son NPNRU, les budgets dont elle dispose ne sont pas à la hauteur. Bien que les budgets alloués aient été augmentés, notamment en 2021, permettant au NPNRU de disposer de ressources équivalentes au PNRU, soit 12 milliards d’euros contre les 5 prévus en 2015, il s’agit d’aller plus loin dans la rénovation urbaine, à budget constant. Et ce dans un contexte où les budgets des collectivités territoriales sont également restreints et où le coût des matériaux enfle, faisant peser des contraintes supplémentaires sur l’ensemble des acteurs intervenant sur les opérations.


On peut également interroger l’impact des démolitions quasi systématiques des projets ANRU qui, au-delà des enjeux écologiques, posent également des enjeux démocratiques et sociaux.


Mais un véritable potentiel en matière d’appui à la transition écologique dans les quartiers les plus fragiles

Néanmoins, en tant que bras armé de l’Etat sur les territoires, l’ANRU dispose d’un véritable potentiel pour relayer les objectifs nationaux et pour mobiliser les acteurs des territoires, notamment financièrement, afin d’impulser une dynamique de revitalisation des quartiers les plus défavorisés.


En outre, l’agence créé des synergies entre les questions sociales et environnementales et participe directement à la mise en œuvre d’un urbanisme circulaire (S. GRISOT, 2020) dans des territoires où les populations sont particulièrement exposées aux impacts du changement climatique.


Ainsi, à condition d’être dotée des moyens politiques et budgétaires à la hauteur des enjeux, l’agence dispose d’une place de choix pour enclencher la transition énergétique auprès des populations les plus fragiles et, ainsi, participer à accroitre leur résilience.


Afin d’embrasser pleinement son ambition d’être un moteur de la transition écologique, l’ANRU gagnerait à se réinventer en agence nationale du renouvellement urbain et à rompre ainsi avec la notion de rénovation urbaine, qui entretient un lien étroit avec la démolition. Ce renouveau donnerait l’occasion d‘inscrire plus volontairement les ambitions environnementales dans les programmes élaborés par le gouvernement mais aussi d’envoyer un message fort aux acteurs politiques afin qu’ils se saisissent des programmes de l’agence comme de véritables leviers pour actionner la transition écologique sur leurs territoires.


Afin d’embrasser pleinement son ambition d’être un moteur de la transition écologique, l’ANRU gagnerait à se réinventer en agence nationale du renouvellement urbain et à rompre ainsi avec la notion de rénovation urbaine, qui entretient un lien étroit avec la démolition


Bibliographie

Bellanger, Emmanuel et al. « Rénovation urbaine. L’espace comme remède à la question sociale ? », Métropolitiques, 2018

Cayouette-Remblière, Joanie. « Les rapports sociaux dans les quartiers de mixité sociale programmée », Sociologie, vol. 11, no. 1, 2020, pp. 1-22

Deboulet, Agnès. « Le résident vulnérable : Questions autour de la démolition », Mouvements (Paris, France : 1998), vol.47-48, n°05, 2006, p. 174

Dormois, Rémi. « L’agencification : opportunité ou contrainte pour renforcer la capacité d’action politique des villes ? Le rapport à l’ANRU et à l’ANAH dans la conduite de la politique de renouvellement urbain à Saint-Etienne (2003 – 2015) », Métropoles, vol.18, 2016

Epstein, Renaud. « La démolition contre la révolution. Réactualisation d’un vieux couple », Mouvements, vol. 83, no. 3, 2015, pp. 97-104

Epstein, Renaud. La Rénovation urbaine. Presses de Sciences Po, 2013

Fijalkow, Yankel. « De la rénovation urbaine au développement durable : du poids des normes dans le logement (XIXe - XXIe siècles) », Métropolitiques, 2015

Gerbeau, Delphine. « L’ANRU dresse un bilan en demi-teinte pour les trajectoires sociales des habitants des quartiers rénovés », La Gazette des Communes, 2013.

Grisot, Sylvain. Manifeste pour un urbanisme circulaire : pour des alternatives concrètes à l’étalement de la ville. Apogée, 2021, 248 p.

Kertudo, Pauline, et al. « Les effets de la rénovation urbaine sur la gestion urbaine de proximité et la tranquillité publique (II) », Recherche sociale, vol. 226, no. 2, 2018, pp. 3-117.

Les effets du relogement sur la trajectoire des habitants dans le cadre des opérations de rénovation urbaine, Observatoire National de la Politique de la Ville, 2021.


Image de couverture : ©ANRU


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